Archive for février 2015

L’étoffe d’un héros

Sam ShepardSam Shepard Un mythe chasse l’autre. Aujourd’hui, après Gary Cooper, Charlton Heston et Clint Eastwood, l’homme de l’année, peut-être de la décennie, c’est lui, Sam Shepard. Homme à tout faire : chanteur de rock, écrivain, scénariste et… acteur. Il a peu tourné de films, mais il est déjà en vidéo. Découvrez le de toute urgence dans «L’étoffe des héros» et «Frances».

C’est un cow-boy, un homme de l’Ouest, une star à la Gary Cooper avec le talent d’un Kerouac et une femme qui s’appelle Jessica Lange. Tout simplement ! Il rend jaloux les hommes. Il fait craquer les femmes. Et en particulier les Françaises qui ne sont pas habituées comme les Américaines à croiser dans les allées des supermarchés de grands échalas baraqués au regard clair, tendance gardien de vaches avec parenté Gary Cooper, Clint Eastwood ou Charlton Heston. Sam Shepard est un mythe américain, un très, très beau mythe, toute objectivité mise à part. Ses signes extérieurs de perfection sont donc son physique, sa réussite (on oublie qu’il a «ramé» pendant plus de 20 ans), sa façon de vivre (dans son ranch. à Santa Fe), sa femme (la sublime Jessica Lange : une autre star tombée du Grand Canyon), ses choix professionnels (de «L’étoffe des héros» à «Paris, Texas» en passant par «Country»). Question physique, il est vrai qu’àcôté de lui n’importe quel bourreau des cœursressemble à un minuscule affublé d’un air bête. Pour le reste, et pour en savoir plus, il faut se pencher sur le berceau du petit Sam afin d’identifier les fées qui se sont penchées sur lui… Pas facile, il est aussi fermé sur lui qu’une grenouille dans son bocal, déteste les interviews et les intervieweurs. Reste la fiche d’état civil… Il est né Steve Shepard Rogers un 5 novembre 1943 à Fort Sheridan dans l’Illinois. Né au milieu du tumulte des Mustangs et des Hurricanes, les avions de la Seconde Guerre mondiale, dans une base militaire à 40 kilomètres de Chicago. Il a deux sœurs, et le nom de Sam, il l’a pris de son père, un pilote de guerre. Il passe par à peu près toutes les errances et toutes les passions qui ont atteint les hommes rebelles de sa génération : époque musique, époque beatnik, époque Kerouak, époque drug-addict… Il cumule les petits boulots sans intérêt, de serveur de restaurantà garçon d’écurie, et commence à écrire. Surtout des pièces de théâtre. Sa première pièce est montée en 1964. Son titre : «Cow-boys». Il l’a écrite alors qu’il «zonait» dans un appartement miteux en compagnie du fils de Charlie Mingus. En vingt ans, Sam Shepard va écrire plus de 40 pièces. Les critiques américains vont même reconnaître en lui «le meilleur auteur de sa génération». Pour son livre «Buriedchild» (en français «L’enfant enfoui» publié aux Presses universitaires de Nancy), il reçoit le prix Pulitzer en 1979. «Je nevais pas changer mon style sous prétexte qu’on m’a donné un prix», commente Sam Shepard. Fermez les guillemets et sans apostrophes ! Shepardse fout des lauriers, c’est un «lone-some cow-boy» dans l’âme, qui croit à ce qu’il fait et qui fait ce qu’il croit. Suffisamment rare pour être relevé. La vie de Sam Shepard est faite de parallèles. Il mène une vie de paumé, et parallèlement écrit des pièces, des nouvelles. Parallèlement toujours, il fait de la musique, du jazz. En 1971, il s’installe avec sa femme, l’actrice O’Lan Johnson et leur fils Jesse-Mojo, en Angleterre. Il reste trois ans à Londres. Il quitte sa femme et partage quelque temps la vie de la chanteuse Patti Smith à Londres. Il écrit même quelques chansons pour elle. Et puis il retourne aux États-Unis, et s’établit à Marin County en Californie. Parallèlement encore, il s’intéresse au cinéma. Ses premiers rapports avec le 7e art datent de 1968. Il travaillé au scénario de «Me and mybrother» de Robert Frank puisau scénario de «Zabriskie point» d’Antonioni. Ce dernier est un échec. Le scénario final n’a que peu avoir avec celuiqu’ilavaitécrit à l’origine. Suit un autre scénario non réalisé pour Mick Jagger et qui porte le titre de «Maxagash». Plustard, Sam Shepard travaillera anonymement comme scénariste sous contrat. à Hollywood. Hollywood qu’il déteste et qu’il égratignera volontiers dans plusieurs nouvelles. Une brève apparition dans le film de Bob Dylan en 1978 «Renaldo et Clara», et c’est avec «Les moissons du ciel» de Terence Malick en 1978 que Sam Shepardfait ses réels débuts comme acteur au cinéma.11joue le rôle d’un fermier texan. Il enchaîne avec «Résurrection» de Daniel Petrie en 1980(prix spécial du jury au Festival d’Avoriaz 1981), un sombre film fantastique dans lequel il joue le rôle de Cal Carpenter, fils mi-ascète illuminé, mi-hippie de pasteurs fondamentalistes, et apparaît également dans «Raggedy man»(«L’homme dans l’ombre») de Jack Fisk. En 1982, il joue pour la première fois aux côtés de Jessica Lange dans «Frances», adaptation de la vie de Frances Farmer, unestar déchue, massacrée par Hollywood. Après «Frances» on peut le voir dans le rôle du pilote Chuck Yeager dans «L’étoffe des héros», de Philip Kaufman en 1983, qui lui vaut une nomination à l’Oscar et affirme sa place dans le monde des acteurs contemporains les plus importants. Prétextant une pseudo-aversion pour les médias, qui d’ailleurs ne le lui rendent pas, Sam Shepard aurait fait mentionner dans son contrat lors du tournage de«L’étoffe des héros»de ne pas participer à la promotion du film. Résultat : c’est de lui qu’on a le plus parlé. Sam Shepard est devenu la vedette intégrale de «L’étoffe des héros» sans avoir vraiment le premier rôle du film. Cela dit, Sam Shepard ne joue pas les stars traquées. C’est vrai qu’il n’aime pas trop que les journalistes viennent fourrer leur nez dans savie privée, mais on ne peut pas vraiment lui en vouloir. Il préfère, en fait, n’accorder d’interviews que lorsqu’il a quelque chose à dire ou à défendre. Aux États-Unis, il n’hésite pas à prendre position contre Reagan, à participer à des meetings, à écrire des articles. Le reste, il le fait passer dans ses livres. Il n’aime pas nourrir la rubrique potin des médias. Mais lorsqu’un sujet le touche de près, il n’hésite pas à participer à des manifestations publiques. Ainsi en décembre dernier, au Carnegie Hall à New York, Sam Shepardet Jessica Lange présentaient «Country» de Richard Pearce : la vie quotidienne de fermiers dans l’Ouest américain. Une manière aussi de parler des fermiers, de leur condition dans l’Ouest et des mesures draconiennes et reaganiennes prises à leur égard. Un sujet qui touche de près le cow-boy Shepard qui tient plus à son ranch qu’au succès international de «L’étoffe des héros». LeSam Shepard du Carnegie Hall n’avait rien de désagréable, ou d’agressif. Il était passionné par le sujet, répondait aux questions des spectateurs avec une précision dû à ses connaissances du problème. Aidée en cela par une Jessica Lange plus que jamais à ses côtés. En 1982, Sam Shepard a fait paraître ses «Motel chronicles» (publié sous le même titre chezChristian Bourgois), recueil de nouvelles, de bribes de récits et de poèmes qui ont servi de point de départ au scénario du film de Wim Wenders «Paris, Texas». Départd’une collaboration et d’une amitié entre les deux hommes qui semblent avoir en commun le goût de l’espace, de l’errance, du «nomade’s land» et du désert. Aujourd’hui Sam Shepard a rejoint son ranch de Santa Fe. Un ranch qu’il a trouvé alors qu’il était à la recherche de son désert. Le décor des scènes tournées dans les sables du Mojave californien pour le compte de «L’étoffe des héros» l’avait subjugué. C’est à Santa Fe au Nouveau-Mexique, et avec Jessica Lange dans le ranch du canyon de l’Arroya Hondo, que Sam Shepard prépare aujourd’hui de nouveaux scénarios, de nouvelles pièces. Entre autres, le scénario «Synthetictears» qu’il espère mettre lui-même en scène. Le rêve américain de Sam Shepard, c’était de devenir une star du rock’ n roll. «Je me suis mis à écrire des pièces parce que je n’avais rien d’autre à faire. Alors j’ai commencé à écrire pour me sortir du trou noir.» On dirait quelquefois que Sam Shepard ne l’a pas fait exprès. Pas fait exprès d’avoir du talent, du succès, du génie. Son rêve de gamin, c’était d’être une rock’ n roll star c’est peut-être quelque chose qu’il regrettera toute sa vie. Rien à dire, ce cow-boy l’a vraiment, l’étoffe du héros. Deux stars, métalliques et scintillantes, ont crevé les écrans du mois d’avril : Edgar, héros d’«Electric dreams» de Steve Barron, ordinateur musicophile au cœur tendre ; et, dans un flamboyant come-back, Hal 9000, l’ordinateur de «2001 : l’odyssée de l’espace», coupable de mutinerie. Bon bougre, cependant, il se repent dans l’actuel «2010» de Peter Hyams. Diaboliques, rusés, pervers, criminels, mais aussi généreux, amicaux, enjôleurs, amoureux, les monstres cybernétiques prennent aujourd’hui la relève des effroyables créatures tapies dans les salles obscures. Dracula, le loup-garou, la momie, le monstre de Frankenstein et sa douce fiancée ne rôdent plus sur les mêmes longueurs d’ondes. Après le stade robotique (l’androïde de «Métropolis», le géant d’acier du «Jour où la terre s’arrêta», l’aimable R2D2, les humanoïdes de «Bladerunner»), l’ordinateur, après avoir envahi les foyers, les salles de jeux et même les PTT, est devenu une star à part entière. Mais, malgré talents et états d’âme, monstre il est monstre il restera. Car sa chair est de métal…

Staline, portrait d’un tyran

Joseph Vissarionovitch Djougatchvili, ça vous dit quelque chose ? Gagné ! C’est bien de Staline, du mot russe staacier, qu’il s’agit. A l’heure où une campagne de réhabilitation du dirigeant de l’Union Soviétique, de 1922 à 1953, s’établit à Moscou à l’initiative de Mikhaïl Gorbatchev, la société Proserpine nous propose ce mois-ci un programme fort intéressant.Staline Il s’agit d’un film de Jean Aurel simplement intitulé « Staline a, qui trace le portrait, à partir d’images d’archives d’un des plus grands dictateurs que notre planète ait connu. A l’origine de ce film, l’œuvre de Boris Souvarine, écrivain soviétique en exil, qui dénonçait dès 1935 les atrocités perpétrées par le célèbre chef d’État. Tout commence en 1924 à la mort de Lénine. Celui-ci suggère de démettre Staline de ses fonctions de Secrétaire général du parti communiste d’Urss. Staline réussit à garder secret le testament et, habilement, paie des obsèques grandioses à l’initiateur de la révolution bolchevique. En 1930, c’est la famine en Urss et Staline installe la terreur. Plus de 30 millions de Soviétiques vont en faire les frais et disparaître sans qu’aucun pays occidental ne réagisse. Au même moment, Staline aide Hitler à prendre le pouvoir en Allemagne. C’est en 1937 que la campagne de terreur atteint son paroxysme avec les fameux « procès de Moscou». Les plus hauts dignitaires, les compagnons de Lénine, les savants, les écrivains, les poètes et tous les dirigeants de l’Armée Rouge sont exécutés. En 1939, Staline et Hitler signent le pacte germano-soviétique de non-agression puis un traité d’amitié. La Seconde Guerre mondiale commence. Pour la prise de Paris en 1940, Staline fait remettre à Hitler «les plus chaudes félicitations du gouvernement soviétique». En 1941, les chars allemands pénètrent en Urss, Staline change de camp et devient un des héros de la paix avec Roosevelt et Churchill. Le 3 mars 1953, Staline meurt. En 1956, Kroutchev révèle la vérité sur «le petit père des peuples». C’est la déstalinisation. Le film de Jean Aurel est remarquable du point de vue historique. Il a réalisé un travail prodigieux pour retrouver, sélectionner et monter toutes les images qui constituent ces 90 minutes de programme. Sur un ton proche d’un film de fiction, ce « Staline» est un document indispensable à posséder dans toute bonne vidéothèque.